1917 : Les mutins avaient raison !

La réhabilitation des mutins de 1917 à l'occasion du 80ème de l'armistice du 11 novembre 1918 ne peut que réjouir tous les socialistes. Bien sur, l'on peut regretter que ces paroles viennent avec 81 ans de retard dans la bouche d'un dirigeant socialiste, surtout si l'on songe que leurs prédécesseurs avaient choisi lors de la 1ère Guerre mondiale de soutenir les massacres et de participer au gouvernement d'"Union Sacrée" avec la droite. Ce même gouvernement qui dirigea la répression contre les mutineries.

Cette déclaration du Premier ministre est surtout intéressante par les réactions qu'elle a suscitées dans les rangs de la droite. La plus abjecte étant sans doute celle de Philippe Seguin comparant les mutins de la Grande Guerre aux soldats français engagés dans la Waffen-S.S.
 Mais les paroles de Lionel Jospin ont un aspect insultant pour les mutins fusillés en 1917. En effet est-ce aux victimes que l'on doit accorder son pardon, à ses hommes qui en 1917 n'ont, en se révoltant, qu'essayé de sauver leur vie et celle de leurs camarades ? Viendrait-il à l'idée de quelqu'un de déclarer qu'il pardonne aux Juifs victimes du nazisme ? N'est-ce pas aux criminels que l'on peut éventuellement pardonner, à ces bourreaux que furent pour des millions d'hommes les généraux qui dirigèrent ces offensives comme celle du chemin des Dames et encore plus les hommes politiques qui avaient décidé cette guerre pour le profit.
 Toutefois la polémique née des propos de Lionel Jospin aura eu le mérite de mettre sur le devant de la scène médiatique un sujet longtemps tabou. Ainsi le film de S. Kubrick Les sentiers de la gloire, dont le sujet est la condamnation à mort puis l'exécution pour l'exemple de 3 soldats français lors de la 1ère Guerre mondiale, fut censuré durant de longues années. Les archives militaires qui ne sont que partiellement ouvertes font mention d'une quarantaine de soldats fusillés lors des mutineries de 1917. Mais pour ces quelques cas connus, combien d'exécutions sommaires ? De même nul ne sait combien de morts fit la répression, plus brutale encore, qui toucha à la même époque les troupes russes qui combattaient en France.
 Ces hommes condamnés à mort en 1917 n'ont nul besoin d'être réhabilités, ils furent plus courageux et dignes que bien des héros officiels qui donnent leur nom à nos rues. Alors si nous gardons en mémoire ces hommes fusillés en 1917, nous ne devons pas conserver le souvenir de criminels, de lâches, de traîtres auxquels aujourd'hui nous pouvons pardonner mais celui d'hommes qui ont trouvé la force de se révolter contre une société qui exigeait leur mort, d'hommes qui avaient compris que la rebellion contre une guerre qui ne profitait qu'aux puissants était juste, d'hommes dont le seul crime fut d'avoir repris le cri de Jaurès : "Paix aux peuples et guerre à la guerre".
Bruno  Beschon

Cet article est paru dans Gauche! en 1998

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